Dans quelle étagère...

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Dans quelle étagère...

Messagede cali le 14 Juin 2008 15:03

Et voilà encore une apparition de Lolita Pille sur France 2 lors de l'émission "Dans quelle étagère..." pour nous raconter Crépuscule Ville.
Voici l'interview retranscrite par mes soins :

Lolita Pille : Euh, je voulais écrire un roman noir. Je voulais, j’avais envie d’écrire un polar, ce qui est un genre que j’aime beaucoup et n’ayant pas les connaissances réalistes, l’expérience nécessaire pour écrire un polar qui se serait passé aujourd’hui, j’ai du euh… J’ai créé un univers parallèle qui m’appartenait dont je pouvais parler sans avoir peur de me tromper.

Monique Atlan : Nous sommes à Clair-Monde, c’est ça, c’est où?

LP : C’est nulle part et partout. C’est une ville Monde, dans un futur flou, plus paranoïaque que futuriste d’ailleurs. C’est entouré de déserts où on bannit les morts bancaires. C’est…

MA : C’est un monde où tout est prévu pour le bonheur obligatoire.

LP : Oui et non, c’est-à-dire… C’est un monde hyper libertaire et hyper libéral où les expériences de bonheur des uns et des autres sont, se réduisent à la quête d’un mode de vie. Les plaisirs faciles et le système fait en sorte de faciliter tout ça, d’encadrer, d’encourager tout ça.

MA : Il y a une sorte de traceur comme ça qui est omniprésent pour chacun.

LP : Oui, le système repose sur une intelligence artificielle très sophistiquée qui centralise toutes les informations émises par des espèces de téléphones portables améliorés qui permettent de pister dans l’espace, de confesser, de suivre psychologiquement et spatialement les individus et donc d’anticiper sur leurs humeurs, leurs états, leurs actes, les interférences entre eux. Donc, un accident de voiture, un coup de foudre, une pulsion d’automutilation. Et des institutions policières et autres encadrent toutes ces prédictions pour faire en sorte que les mauvaises ne se réalisent pas.

MA : Et dans ce monde, les non-conformes sont rejetés dans la marge.

LP : Oui absolument. Il y a une coutume qui s’appelle la mort bancaire : quand vous mourrez bancairement, vous dégagez, on vous jette dehors. Voilà.

MA : Qu’est-ce que c’est que vous voulez nous décrire, notre futur ou déjà notre présent?

LP : C’est évidemment inspiré d’aujourd’hui, oui. Mais sous l’angle vraiment cauchemardesque et pessimiste.

MA : C’est une nouvelle apocalypse en fait, c’est totalement désespéré.

LP : C’est désespéré, oui.

MA : Mais est-ce que c’est, euh, votre rapport au monde qui est comme ça ou est-ce que vous sentez que vous pouvez décrire le monde tel qu’il est aujourd’hui de cette façon là?

LP : Je ne voulais pas justement entrer dans une satyre poing levé, furieuse, gesticulante. C’est pour ça que j’ai préféré prendre l’angle du polar qui est, qui donne souvent d’excellentes satyres sociales et d’anticipation pour être dans quelque chose d’imagé, de ludique et presque de cinématographique en fait. Plutôt que d’être dans une réflexion critique, sérieuse et bien plus anxiogène.

MA : Il n’y a pas d’autres solutions littéraires pour dire ça en fait?

LP : Si, il y en a mais elles ne sont peut-être pas à ma portée. Le polar, l’action sanglante, j’aime beaucoup lire ça. Il y a une phrase de Cook qui est très intéressante qui dit : « Le lien entre la littérature noire et la métaphysique réside dans ce que l’expérience jugée primordiale par l’une et l’autre est la place de la mort dans la vie. ». J’aime beaucoup cette phrase qui résume très bien la problématique. C’est elle qui m’a emmené vers ce genre-là.

MA : Et alors, dans ce monde-là, il y a un flic rebelle.

LP : Oui, il y a un flic. C’est le roman d’un flic de romans en fait. Il est alcoolique, violent et insoumis et il doute de son système dont il réfute beaucoup d’institutions. Et l’histoire commence la nuit d’un black-out total qui plonge la ville dans le chaos. Et ce flic travaille donc dans ce service de protection contre soi-même qui veut prévenir les suicides et les crises des gens. Et il doit sauver un homme du suicide et il manque sa mission. Et à partir de ce moment-là, des événements sanglants et horribles s’enchainent et mon flic, Syd Carradine embarque pour une traversée hallucinée de la ville.

MA : De Clair-Monde.

LP : Oui, de Clair-Monde avec peut-être la vérité au bout de la course.

MA : Vous vous faites peur quand vous vous relisez?

LP : Oui, parfois. Oui, oui. Bin quand je relis, je me trouve un peu malheu… Enfin, ouais j’ai pas beaucoup d’espoirs quand j’écris mais… Ouais. Voilà.


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