Hello, je poste ici l'incipit de ce que j'ai le culot insensé d'appeler "roman".
Autofictionnel et à la première personne, ce n'est pas dans le sujet que vous trouverez son originalité. Son originalité, d'ailleurs, reste à prouver, j'ai seulement écrit une page et demi pour l'instant. Toutes les suggestions, remarques, critiques et moqueries sont évidemment les bienvenues et d'ailleurs je vous en remercie d'avance. Il est possible que certains champs lexicaux vous soient familiers. Il est possible que ce soit surfait et é[censure]é, ce genre de truc. Il est possible que je ferais mieux de taire mon âge afin de n'influencer en rien votre jugement.
"Quand j’ai commencé à aller au lycée, il m’est apparu évident que la beuh ne suffirait plus à exorciser mon mal-être et qu’il me faudrait autre chose. C’est ainsi que je décidai, sans plus tarder, de perdre ma virginité. L’occasion s’était certes déjà quelquefois présentée, et à l’époque je n’y songeais pas plus ça et avais décidé de remettre cette étape décisive à plus tard. Mais désormais ce rite de passage me semblait nécessaire. Tout de même, je voulais m’éviter de le faire à l’arrière d’une voiture, après une soirée fortement alcoolisée ; ce serait non seulement céder à la facilité, mais en plus, peu original et fort glauque, il vaut bien l’avouer. C’est ainsi que je me suis retrouvée, un mercredi après-midi grisâtre, chez une espèce de boutonneux inexpérimenté qui voulait m’utiliser autant que je voulais l’utiliser moi aussi. Son immense cinq pièces du dix-septième m’impressionnait et ses posters de rock commercial m’inspiraient le mépris, et j’ai déguerpi sans un mot dès l’affaire terminée. Nous ne nous sommes jamais revus.
J’ai compris un peu plus tard, en multipliant les expériences protégées et sans amour, que j’étais un sacré mauvais coup. La perspective d’en rester un toute ma vie durant me faisant chier au plus haut point, j’ai décidé d’essayer de faire de ma vie une course effrénée au plaisir et à la débauche, tout en préparant un bac qui me conduirait, comme bon nombre de mes contemporains, tout droit à l’ASSEDIC.
Les premiers mois au lycée ont été d’un rare ennui. Je pensais que là -bas ce serait la liberté, les gens intéressants et les cours potables, mais je n’ai trouvé que fumée, shiteux et morosité. Ma condition d’occidentale banlieusarde qui s’ennuie m’a fait commencer la clope et me trouver des amis. " Amis " est d’ailleurs un bien grand mot, plutôt devrais-je dire une bande de loosers sans ambition, plus disposés à gueuler contre le gouvernement dans les rues à chaque fois que l’occasion se présentait et sans même savoir pourquoi plutôt que d’essayer d’améliorer leur existence minable. Chaque nouveau piercing sur leur visage acnéique était synonyme de changement déterminant dans leur vie ou encore d’acte artistique et chaque samedi soir était prétexte à beuverie jusqu’à ce que l’un d’eux s’écroule dans son vomi ou tombe dans le lac cradingue et industriel. J’ai participé dès le printemps à ces soirées festives et ai même apprécié ça — du moins un court laps de temps. Ce genre d’événement, propice aux rapports sexuels faciles et aux arrestations policières pour divers motifs, se déroulait toujours de la même manière : l’un des shiteux du lycée avait l’idée fort ingénieuse et inattendue de mettre " le feu au lac ", l’information circulait alors à travers le lycée avec une rapidité prodigieuse, les gens s’organisaient un tant soit peu, puis, alors que le jour commençait à décliner, ils se rendaient au supermarché, achetaient autant d’alcool qu’ils pouvaient se le permettrent, empruntaient un caddy (qui finirait au fond du lac) pour transporter les bouteilles et les djembés, marchaient une demi heure jusqu’au lac, allumaient un grand feu avec leurs cours, s’installaient autour, décapsulaient leurs bières et la fête pouvaient recommencer. Il y avait plusieurs types de jeunes mais les plus récurrents étaient les shiteux et les tazés. Les shiteux étaient incontestablement les plus nombreux. C’est eux qui restaient le plus près du feu, armés de leurs guitares acoustiques et désaccordées, blottis dans leurs ponchos colorés, se croyant hippies dans leurs baskets de skate de marque, faisant tourner un joint et buvant leur bière pas chère. Jouer du Tryo, tous ensemble dans cette ambiance chaleureuse, était pour eux une façon de se sentir bien et loin de leurs parents, si emmerdants et sclérosés dans leur maison à crédit. C’était, pour moi, le genre d’ado le plus inintéressant du coin, une sorte de modèle " shiteux standard ", sans conversation ni aspiration quelconque, sinon de posséder le plus beau plan de cannabis. Le second genre, plus minoritaire, était une autre sorte de drogués : les tazés. Ceux-ci, un peu plus âgés, se tenaient légèrement en retrait de la masse bruyante des shiteux. Ils avaient cependant en commun avec ces derniers le fait de se tenir en cercle, autour, non pas d’un feu, mais d’un poste de radio à piles qui diffusait une musique répétitive et inécoutable pour quiconque n’aurait pas pris un ecstasy. Et il y avait les autres. Ceux qui buvaient juste, ceux qui passaient par là entre deux épreuves de bac, ceux qui essayaient juste de tirer leur coup, ceux qui tenaient tellement peu l’alcool qu’ils vomissaient déjà dans les fourrés dès le crépuscule printanier, ceux dont les parents faisaient chier, ceux qui, plus discrets, consommaient de la coke sournoisement, et tous ceux qui, tout simplement, n’avaient rien d’autre à foutre à ce moment-là ."





