de Josephaydn le 04 Sep 2009 22:14
Je ne suis plus un adolescent et je n'ai découvert "Hell" que cet après-midi, sur le bureau d'une amie plus jeune que moi et dont Lolita Pille est une des premières références littéraires. A dire vrai, j'ai pour la première fois entendu parler de cet écrivain Mercredi dernier, grâce à cette même amie plus jeune que moi d'ailleurs. Le livre était pourtant sortie en 2002, si je me réfère aux éditions Grasset. Non seulement je ne regarde pas la télévision, mais il m'est surtout ennuyeux au possible de lire les magazines culturels et les journaux en tout genre; d'autre part, je ne cache pas m'intéresser à l'actualité des lettres françaises qu'au gré de quelques moments faciles et spontanés durant lesquels je me retrouve dans telle ou telle autre librairie. Quant à la radio, j'alterne de temps à autres entre France Musiques et Nostalgie, des fréquences sur lesquelles généralement on ne parle pas de ce genre de livre -à moins que, bien évidemment, je ne fis pas partie des auditeurs lorsqu'on discutait de Lolita Pille. Aussi, je n'apprécie finalement pas le genre roman, lui préférant sans aucun doute des formes et des écrits bien différents : je veux parler d'essai, de recueil poétique ou de philosophie. En somme, j'ai une carence d'actualité certaine ou j'ai loupé, comme on dit, un train.
D'une manière générale, j'ai tendance à réduire les sorties littéraires dont je peux avoir quelques échos à des produits commerciaux susceptibles de faire tourner un commerce, en art, tout comme en musique, je n'aime pas les tendances et les modes, pas plus que les vogues dont pourtant de grands artistes se démarqueront quelques fois après en avoir alimenté le déroulement. Ainsi, j'ai certainement lu les deux plus mauvais livres de Frédéric Beckbeder pour lui reconnaître beaucoup de talent et d'originalité (en France, dois-je préciser) mais sans jamais pouvoir me dire, à voix-basse ou bien intérieurement : "que c'est beau, que c'est grand, que j'aurais aimé l'écrire !". Ceci est tout à fait subjectif et je laisse d'ailleurs à d'autres le soin de déterminer les frontières et les territoires de la grande littérature mais, au demeurant, les œuvres de Beckbeder n'en sont pas. Les romans de Pille peut-être pas non plus, et même si j'aimerais mieux qu'on ne confonde pas postérité et grand art, je voudrais revenir sur mes premières impressions après la lecture de Hell, dont je viens de lire les premières pages et que je n'ai pas eu le temps de terminer depuis que je l'ai eu entre les mains, aux alentours de dix-huit heures.
Tout d'abord, je n'aurais pas même commencer cet ouvrage si je n'avais pu lire, au dos de la couverture : "Je suis une pétasse. Je suis un pur produit de la Think Pink generation, mon credo : sois belle et consomme."; j'entends par là que le rythme ne m'avait pas du tout dérangé et que l'intervention du mot "credo" sous-entendait déjà une opposition entre le maniement d'un vocabulaire lettré et des mots de l'argot; par la suite, j'ai pu lire que Hell avait été écrit par une adolescente de dix-sept ans, chose qui, moi-même ayant été incapable d'écrire ainsi durant mes années jeunes, m'avait beaucoup surpris et très vite suscité ma curiosité.
Rapidement, je constatais une écriture concise, sèche, droite, sans fioritures et pourtant très expressive. Un ton de narration qui collait parfaitement à l'héroïne, une vanité stylistique pesante, une ironie littéraire très bien employées; et - c'est finalement peut-être ce qui m'a le plus confondu et séduit, ça et là des touches didactiques bien mesurées et souvent même intéressantes. Que Lolita Pille écrivait tel quel son premier roman à dix-sept ans n'était donc pas pour me déplaire, et j'estime à moitié faux que les éditeurs de Hell aient publié cet ouvrage pour la simple et bonne raison qu'il fut rédigé par une adolescente douée, ou que cette même publication soit dirigé par une volonté extérieure et en partie réalisée grâce à la notoriété de Beckbeder. Je n'irais certainement pas trop loin non plus dans les comparaisons, pas plus que je n'ai envie de brutaliser Lolita Pille en l'accusant d'un plagiat et en la qualifiant de "voleuse idéelle", mais j'aimerais rappeler que Françoise Sagan avait écrit "Bonjour Tristesse" alors qu'elle était adolescente; aujourd'hui, d'ailleurs, on connait bien Sagan pour l'ensemble de son œuvre. Mais, de là à confronter la pensée et le style de Sagan au talent naissant de Pille, c'est une toute autre affaire qui ne m'intéresse pas.
D'un point de vu plus personnel, j'apprécie que ce roman soit l'œuvre d'une jeune femme et je me demande encore s'il est véritablement très intelligent de juger vite en quoi rien ne peut se détacher de ses lignes, et en quoi absolument rien ne saurait ressortir après coup en termes de pensée et de réflexions. Je précise que je n'ai pas encore achevé de lire Hell et qu'il m'avait été pourtant impossible de ne pas tapé "Lolita Pille" dans un moteur de recherche afin d'en savoir un peu plus sur son auteur; je tombais sur ce forum et de toute évidence je n'ai pu résister à l'envie de donner sur Hell mon propre avis encore indéfini, ne serait-ce que pour défendre un livre qui n'est finalement pas mauvais, ou tout du moins qui n'est pas illisible, ni dénué d'intérêt. Peut-être que Pille a déjà répondu quelque part au sujet des attaques qu'on lui adresse ici et qu'on a du lui adresser bien des fois au cours de ces dernières années, mais, à défaut de connaître sans lacunes sa bibliographie et les articles qui pourraient l'entourer, je me fais une idée moi-même de sa littérature en espérant que Pille ne soit pas dépourvue, au-delà du caractère "trash" et du registre argotique qu'on peut apprécier dans Hell, d'une véritable démarche d'écrivain et d'un fond moins particulier qu'il n'y parait.
Même si ce que je viens d'écrire est donc très approximatif, puisque je n'ai pas totalement terminé ce premier roman, je ne le trouve absolument pas nul, ni désagréable ou mal élaboré; et, si je dois aller plus loin, je ressens déjà une sorte de malaise profond que me donne cette lecture, peut-être parce que je connais moi aussi de loin cette jeunesse dorée et le monde des clubs, de la drogue chic ou de la superficialité existentielle, mais certainement parce qu'il m'évoque une dérive actuelle et dangereuse, cette dérive précipitée des existences matérialistes.