de Wilfried le 22 Juin 2008 16:30
Je me souviens des premières pages de Hell… Une « pétasse » qui dit la vérité, et rien que la vérité, au tribunal des pauvres... J’ai tout de suite compris qu’elle appartenait à la race des seigneurs d’autrefois, ceux qui nous possédaient des pieds à la tête, ceux à qui on a tranché la tête à la Révolution. Relisez les romans de Dostoeïvski, vous l’y trouverez dans toute sa splendeur… Ce qui gêne, chez Lolita Pille, c’est cette espèce de pedigree qui émane d’elle, qui fait que ça ne passe pas, quoiqu’elle y fasse, lorsqu’elle se permet une sortie chez ses congénères. Quand je vois ces pauvres critiques qui se donnent un mal de chien pour haïr ses livres, non j’ai seulement j’ai pitié d’eux, mais je vois la peur dans leurs yeux. Parce qu’à l’évidence Lolita Pille les fait tous pisser dans leur froc. Mais pourquoi donc ?
Elle est un cran au-dessus.
Elle arrive beurrée sur un plateau de télévision : scandale.
Elle a un charme fou : scandale.
Ça n’est visiblement pas la gosse de riche avec rien dans la cervelle qui ne pense que marques et vacances en yacht de milliardaire : scandale.
Elle est bling-bling et en même temps elle ne l’est pas, elle souffre : scandale. Les riches ont-ils le droit de souffrir ? De se plaindre ? Non, cela est exclusivement réservé aux gens comme moi d’origine modeste. Telle est la doxa. Je suis né du mauvais côté de la barrière, donc j’ai tous les droits. Et si je vous disais que moi, le type d’origine modeste, là , si, si, je vous assure, d’origine vraiment modeste, si je vous disais que j’aime qu’on me malmène – si je vous disais que je n’ai rien contre les riches ? Non, ça n’est pas seulement ça que je voulais vous dire… Si je vous disais que je préfère mille fois une « pétasse » qui m’insulte que la prétendue considération de ceux qui vous renvoient sans cesse à vos origines sociales ? Je peux bien renier mon milieu si ça me chante que ça ferait quoi à tous ces renégats de leur enfance qui ont chaire sur ce qui est bourgeois d’appellation contrôlée, typiquement bobo ou prolo certifié terroir ? C’est ainsi que la souffrance de Lolita Pille serait « bourgeoise », donc sans valeur, quand il y aurait une souffrance plus authentique qui imposerait en quelque sorte le silence et le respect, celle des pauvres. Où l’on voit qu’en réalité la vraie misère est dans les esprits.
Et c’est cela, notamment, que Lolita Pille donne à voir, par sa seule personne. Et elle n’a que vingt-cinq ans : encore plus scandale. Rimbaud est parti pour fuir ce « peuple inspiré par la fièvre et le cancer ». Lolita Pille, cette passante considérable, va-t-elle rester ? Il le faudrait, puisqu’il faut qu’elle écrive des livres.
W.